L’économie souterraine semble, elle aussi, avoir été touchée de plein fouet par la crise sanitaire. « Durant le confinement, les trafics ont été fortement touchés et on estime qu’ils ont diminué de 30 à 40 % », a ainsi affirmé Christophe Castaner, ce vendredi lors d’une conférence de presse au siège de l’Office antistupéfiants (Ofast), à Nanterre.
Ce chiffre est une estimation qui correspond à plusieurs facteurs, a détaillé la cheffe de l’Ofast, Stéphanie Cherbonnier : la baisse des faits constatés, du volume de produits saisis, du nombre de personnes interpellées ou « les informations qui nous remontent sur la disponibilité des produits ».
Pour les services en charge de la lutte contre les stupéfiants, le confinement a d’abord provoqué une importante désorganisation, voire une « sidération » chez les trafiquants qui ont rapidement cherché de nouvelles voies d’acheminement des produits en France. Une « rupture de l’approvisionnement » a été constatée avec à la clef une désorganisation des points de deal mais les « délinquants ont fait preuve de beaucoup d’ingéniosité », avec la mise en place de nouvelles méthodes de revente.
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Hausse des prix
Cette période de rupture dans le trafic de stupéfiants a permis à l’Ofast d’estimer à 10 jours les stocks avant « pénurie » de produits. Celle-ci s’est traduite par une augmentation « massive » des prix, au détail comme en gros, de l’ordre de 30 à 60 % par exemple pour le cannabis.
Christophe Castaner, de son côté, a fait part de ses préoccupations concernant l’ancrage de « nouvelles pratiques » durant le confinement. En ligne de mire, le développement de la cannabiculture et « l’ubérisation » des trafics renforcée par les réseaux sociaux, à savoir les commandes et livraisons à domicile de drogues.
Autre inquiétude soulevée par le ministre de l’Intérieur : les 55 jours de confinement ont pu aiguiser les rivalités entre trafiquants, ce qui a pu « réveiller ou exacerber » certaines guerres de territoires. Ainsi, à Rennes, l’agression d’un trafiquant au mois d’avril a provoqué trois tentatives de règlements de comptes, qui se sont soldées par huit interpellations.