Martin Hirsch quitte la tête des Hôpitaux de Paris sur un constat amer

Le directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) estime ne pas avoir les moyens d'éviter que le groupe hospitalier retombe dans ses travers d'avant la crise du Covid. Son déficit approche les 300 millions d'euros.


Director General of Assistance Publique-Hopitaux de Paris (AP-HP) Martin Hirsch poses during a photo session in his office in Paris, on January 5, 2021. (Photo by JOEL SAGET / AFP)

Il restera comme celui qui a dû piloter le paquebot hospitalier francilien lors de la pandémie historique du Covid. Alors que la situation est plus tendue que jamais dans le secteur de la santé publique, Martin Hirsch a annoncé vendredi son départ de son poste de directeur.

Dans une lettre adressée aux personnels, le haut fonctionnaire de 59 ans précise qu’il devrait partir à la « fin du mois ». Un départ qu’il explique par un constat amer : l’impossibilité de « créer, avec vous tous, un modèle hospitalier différent de ce qu’il a été avant, plus proche de nos attentes et de nos ambitions à tous ».

Cette refondation était l’un des trois voeux formulés dans un courrier aux salariés le 15 mars 2020, rappelle-t-il. Les deux autres, « sauver le plus de patients possible » et « garder des forces grâce aux soutiens et à la solidarité », ont été réalisés par les équipes, « avec un courage dont je me souviendrai toute ma vie », assure-t-il.

Un départ souhaité par le gouvernement

Après la réélection d’Emmanuel Macron et avant la nomination d’Elisabeth Borne à Matignon, Martin Hirsch avait aussi transmis au gouvernement Castex un projet de réforme en profondeur du système hospitalier. Sans parvenir à faire avancer sa cause.

« Je suis convaincu que beaucoup de maux dont nous souffrons appellent des changements de même ampleur que ceux qui avaient été réalisés en 1958, quand l’hôpital universitaire avait été repensé pour lui redonner force, noblesse et attractivité », justifie-t-il dans sa lettre aux salariés.

Le gouvernement actuel s’apprêtait de toute façon à démettre de ses fonctions le patron de l’AP-HP, qui règne depuis neuf ans à la tête de cette administration puissante, au climat social volcanique. Le nouveau directeur de cabinet d’Elisabeth Borne à Matignon, Aurélien Rousseau , a beaucoup travaillé avec Martin Hirsch lors de la crise du Covid, époque où lui-même dirigeait l’Agence régionale de santé d’Ile-de-France. Une coopération non dénuée de tensions.

Martin Hirsch s’est engagé corps et âme pour faire face dans la crise du Covid , qui a menacé à plusieurs reprises de submerger les 39 hôpitaux parisiens et ses plus de 100.000 employés. Il n’a pas hésité à installer un lit de camp dans son bureau pour les nuits d’alerte rouge, lorsque toutes les autorités sanitaires de la région étaient sur le pied de guerre pour trouver une place en réanimation pour les malades du Covid.

1.400 postes d’infirmiers manquants

Il quitte son poste alors que le système hospitalier traverse une crise d’ampleur, avec notamment un manque criant de personnel – environ 1.400 postes d’infirmiers ne sont pas pourvus, un record – et certains services d’urgence réduits à fermer la nuit faute de soignants.

De plus, selon nos informations, le déficit du budget principal après prise en compte de la garantie de financement de l’Etat atteindra 282,7 millions d’euros en 2021, alors que le déficit prévisionnel était de 156 millions d’euros – ce budget ayant été construit hors Covid. En comparaison, en 2020, le déficit était de 244,3 millions d’euros, et avant la crise sanitaire, en 2019, de 169,4 millions.

Quant à la dette, elle s’est envolée l’année dernière à plus de 3 milliards d’euros : quasiment un milliard de plus depuis 2016, pendant le premier quinquennat Macron. Cela représente 35,7 % des produits.

Martin Hirsch s’est illustré en menant la réforme des 35 heures en 2015 à l’AP-HP , alors que cela semblait impossible. Cela lui a valu des grèves répétées sur le moment. Il fait également face à une contestation importante de la part d’une partie des grands médecins qui donnent le ton dans cette institution.

Coup de frein sur la masse salariale

« Son bilan n’est ni tout noir, ni tout blanc. La crise du Covid l’a beaucoup marqué, et l’engagement des hospitaliers l’a fait changer. Ce n’est plus le même homme que celui contre qui nous avions bataillé en 2015 sur l’organisation du temps de travail », mesure Olivier Youinou, syndicaliste Sud Santé.

Pendant la première vague de l’épidémie, raconte l’infirmier anesthésiste, « c’était open bar, les directions se chargeaient d’aller chercher les moyens et nous, nous étions concentrés sur nos propres missions ». « On a voulu retrouver ça dans le monde d’après, poursuit-il, également ébranlé par l’expérience de la crise. On a vu qu’une autre vision était possible et qu’il y avait une dimension organisationnelle non négligeable. »

Du côté de la Commission médicale d’établissement, le professeur de médecine Bernard Granger est plus dur avec Martin Hirsch, dont il a critiqué le bilan et les projets de réforme dans une tribune récente de praticiens hospitaliers. « Tout n’est pas de sa faute, mais il ne peut pas s’exonérer de tout. Quand on dirige une institution, on est comptable de son bilan », martèle-t-il.

Martin Hirsch paie la mise en oeuvre des directives politiques du gouvernement Hollande, dont l’objectif était de « sauver la Sécu » en faisant des économies à l’hôpital : fermetures de lits, réductions de coûts au prix d’un endettement croissant. A la suite de l’élection d’Emmanuel Macron, en décembre 2017, le groupe a même lancé un plan d’austérité à contre-courant , avec un grand coup de frein sur la masse salariale. Ce n’est qu’en 2019 que le gouvernement a commencé à ôter la soupape sur la « Cocotte-Minute®» hospitalière.

Conseiller d’Etat, Martin Hirsch a notamment été avant son passage à l’AP-HP président de l’association Emmaüs puis haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté sous le gouvernement de François Fillon. Il avait été nommé en 2013 pour prendre la suite de Mireille Faugère, contestée à l’époque notamment pour la fermeture des urgences de l’Hôtel-Dieu, en plein coeur de Paris.


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